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Virginie Renaud, Présidente du conseil de développement Saint-Lô Agglo

La reconnaissance du père

Bac + 2 en poche, après des études de commerce à Rennes, la jeune femme trouve son premier emploi à l’issue d’une journée sans relâche, de recherches et de porte-à-porte. La dernière entreprise visitée, spécialisée dans la vente de surgelés, sera la bonne. Ouf ! L’ultimatum de son père avait été très clair. Soit elle trouvait un poste rapidement, soit elle partait travailler dans une des filières du groupe en Pologne et s’éloignait du même coup de son ami. Finalement, c’est à Caen qu’elle fera ses premiers pas dans le monde du travail.
Après deux années d’expérience dans la société en question, son goût pour les autres et son envie de travailler dans le domaine de l’intérim resté intact, Virginie Izabelle (de son nom de jeune fille), reprend ses recherches pour trouver un emploi qui va lui correspondre : prendre la responsabilité d’une agence de recrutement en création à Avranches. Une audace récompensée par un succès rapide et des résultats très convaincants. Il faut dire que rien n’arrête son professionnalisme. Pour remporter un marché, elle n’hésite pas à escalader l’échelle de la grue, haute de 60 mètres, pour convaincre le client. Bluffé, ce dernier signera avec la « cascadeuse » un contrat exclusif pour renforcer ses équipes en intérim. Au-delà de l’anecdote, cette professionnelle née, considère qu’il faut connaître les aspects essentiels d’un métier si l’on veut ensuite être en mesure de proposer les bons postes au bon candidat.

Puis, un beau jour, un coup de fil inattendu va changer le cours des choses :
« Bonjour, ma chérie, veux-tu rejoindre l’entreprise ? »

Virginie Renaud prendra le temps de réflexion nécessaire, prendra le temps également d’attendre et de voir naître et grandir un peu son premier enfant puis acceptera la proposition. Décision pas forcément simple à prendre car elle gagnait bien sa vie et surtout, elle aimait ce métier basé sur le relationnel, la recherche des bons intérimaires et l’aide à la montée en compétence. Mais au fond d’elle, elle le savait, elle avait cette envie forte de répondre favorablement à la reconnaissance de son père. Pour cela, il lui a fallu oublier tout ce qu’elle avait appris, tout recommencer ou presque. Deux ans lui avaient été accordés pour faire ses preuves ! Le challenge a été remporté.

Le monde sans pitié de l’entreprise
Son père ne lui a jamais caché les difficultés qu’une entreprise rencontre immanquablement au cours de son existence. Le relationnel, le management, les horaires à rallonge... Cependant, les années 2000 ont répondu à ses espérances, à ses attentes, et Virginie Renaud a endossé la tenue de chef d’entreprise avec réussite et enthousiasme, dans une ambiance sereine. L’entreprise comptait en 2008 près de 50 salariés. Commandes en menuiserie extérieure et vente aux particuliers remplissaient les agendas. Puis il y a eu le coup de grisou. La crise économique de 2009. C’est en 2012, que l’entreprise a été réellement touchée.

« Ce sont des années dures, vraiment. Il faut avoir les épaules solides car tout s’écroule comme un château de cartes. Les commandes, les relations dans le travail, au sein de la famille. J’ai bien failli tout abandonner ».

Une soif insatiable de reconstruire et de construire
Mais voilà, Virginie Renaud fait partie de la race des ceux qui relèvent les manches et sont entrepreneurs dans l’âme. Aujourd’hui, à force de sueur et de courage, elle se retrouve à la tête de plusieurs sociétés. De la construction traditionnelle, artisanale en passant par le service dans la construction et la rénovation, et plus surprenant, gestionnaire d’une entreprise de pompes funèbres qui appartenait en partie à son père et dont elle a acheté des parts.


« Conseiller funéraire est un métier de l’ombre, pas suffisamment valorisé à mon avis, car s’il est bien un univers qui demande beaucoup d’empathie et de bienveillance, c’est bien celui-là. Ma sœur, qui a repris la gérance de ce secteur d’activité depuis 2010, est parfaite pour ça, car si nous partageons toutes les deux l’attention aux autres, je sais aussi qu’elle est beaucoup plus souple que moi. Lorsque j’accorde ma confiance et que je confie des responsabilités ou des chantiers à mes collaborateurs, je l’avoue, j’attends des résultats. Ma grand-mère, qui a tenu une place très importante dans ma vie, répétait toujours “Il y a quelque chose de bon dans chaque être humain”. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’essaie d’appliquer cette devise dans le monde du travail. La montée en compétence, l’esprit créatif, les projets découlent souvent de la confiance accordée, de l’échange, de la transmission des savoirs. Les désaccords, quant à eux, se désamorcent dans le calme et la discussion. Lorsqu’ils se présentent, ce qui n’est pas rare dans le monde de l’entreprise, je repense toujours à la phrase de ma grand-mère ».

Présidente du conseil de développement
C’est une évidence, Virginie Renaud a le profil idéal pour endosser ce nouveau rôle. Son parcours professionnel, son sens du relationnel, son investissement dans chacune des fonctions qui lui ont été confiées, lui accordent toute la légitimité et les compétences requises pour accompagner le développement économique d’un territoire.
Elle conclue cependant l’entretien avec humilité : « Je vais essayer d’apporter ma pierre à l’édifice mais je sais surtout que je vais pouvoir me nourrir de nouvelles rencontres et de nouveaux apprentissages dans des domaines que je ne connais pas. Ce qui m’intéresse déjà au plus haut point ».

 

Propos recueillis par Stéphanie Montagne